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Chroniques personnelles d’un monde qui change

Jean Guidoni : des cousins modernes, et des faux proches

Jean Guidoni : des cousins modernes, et des faux proches

Je viens de découvrir Jean Guidoni un peu sur le tard, comme beaucoup : au moment où sa disparition a remis son nom sous les projecteurs. Et forcément, la question arrive : à qui ça ressemble aujourd’hui ? Qui, dans la chanson française actuelle, porte une flamme comparable ? La réponse courte : personne n’est vraiment son équivalent. Mais il existe des cousins modernes, et aussi des artistes qu’on pourrait croire proches… alors qu’ils jouent une autre partie.
 

1) Guidoni, une planète à part

Jean Guidoni, c’est une chanson française qui a pris le cabaret à bras-le-corps et l’a fait basculer dans une esthétique sombre, théâtrale, parfois brutale. Il n’a jamais cherché le tube “radio-friendly”. Il a préféré la scène, la tension dramatique, le texte qui gratte, les ambiances nocturnes. Son art vivait dans ce clair-obscur : une voix incarnée, une mise en scène presque expressionniste, et une liberté de ton qu’on entend rarement à grande échelle.

Résultat : une carrière “culte mais discrète”. Pas l’ombre d’un produit formaté, plutôt un auteur-interprète de troupe, de salles, de fidélités. Ce statut d’artiste de l’ombre explique aussi pourquoi beaucoup l’ont découvert tard : il appartenait à ce second cercle essentiel de la chanson, celui qui influence, marque, mais ne s’impose pas par les algorithmes ou la télé.
 

2) Les cousins actuels : même famille, ADN différent

Bertrand Belin : la nuit élégante

S’il faut un premier repère contemporain, Bertrand Belin est le plus immédiat. Même voix grave posée, même façon de faire avancer une chanson comme un personnage qui marche dans le noir. Chez Belin, l’écriture est singulière, les arrangements sont subtils, et l’ambiance joue beaucoup : on est souvent dans une pop francophone en clair-obscur.

La différence, c’est que Belin est moins “cabaret-théâtre” que Guidoni. Il a une démarche plus minimaliste, plus littéraire au sens moderne, presque romanesque. Là où Guidoni embrasait la scène avec une dramaturgie frontale, Belin hypnotise plus qu’il ne bouscule.
 

Babx : densité poétique et orchestration sombre

Babx partage avec Guidoni un goût pour la chanson exigeante : le texte dense, l’atmosphère travaillée, un rapport à la musique qui dépasse la simple mélodie. On est dans une poésie tendue, parfois noire, portée par des orchestrations en clair-obscur. Babx est inclassable, discret lui aussi, et construit une œuvre de fidélité plus que de mode.

Mais Babx reste moins “maître de cérémonie” que Guidoni. Il est davantage dans une pop d’auteur littéraire, un laboratoire d’ambiances, alors que Guidoni assumait un théâtre total, presque cabaret expressionniste, avec une manière de “jouer” la chanson.
 

Arthur H : la scène comme terrain de jeu

Autre cousin : Arthur H. Là, c’est la dimension performative qui relie les deux. Arthur H mélange chanson, jazz, rock, électro ; il transforme le concert en espace théâtral, parfois surréaliste. On retrouve ce goût pour la liberté de forme, pour la chanson comme geste scénique.

Mais là encore, ce n’est pas le même monde émotionnel. Arthur H est souvent plus onirique, plus sensuel, plus joueur. Guidoni, lui, travaillait la noirceur comme une matière première, avec un tranchant politique et intime plus frontal.
 

3) Les “faux proches” : on pourrait croire… mais non

Vincent Delerm : la pudeur lumineuse

On pourrait imaginer Delerm proche de Guidoni parce qu’il est discret médiatiquement et qu’il fait de la chanson d’auteur. Mais Delerm joue une autre musique : chronique du quotidien, ironie tendre, mélancolie claire. Même quand c’est triste, ça reste lumineux et accessible. Guidoni, lui, est dans le drame, le cabaret noir, une intensité qui met parfois mal à l’aise. Deux arts de la pudeur… mais pas la même couleur. (Joli hommage de sa part lors de son concert du 21 novembre)
 

Benjamin Biolay : l’élégance pop et le récit amoureux

Biolay peut sembler un voisin parce qu’il aime les textes, les arrangements, les atmosphères. Mais sa trajectoire est plus “pop orchestrée”, plus cinéma sentimental, avec un rapport au succès et à la production très différent. Guidoni n’a jamais cherché ce type d’écrin grand public ; il restait plus radical, plus scénique, plus cabaret.
 

Feu! Chatterton / Arthur Teboul : la “grande poésie” mais pas le cabaret

On peut aussi penser à Feu! Chatterton pour le goût des mots, le souffle littéraire, la noirceur parfois. Sauf que là, on est dans une poésie rock, ample, presque épique. Guidoni, lui, est plus intime et théâtral : une chambre noire plutôt qu’un grand panorama.
 

Conclusion : pas d’héritier direct, mais une lignée

Guidoni n’a pas vraiment d’équivalent aujourd’hui parce que son mélange est rare : cabaret noir, théâtre total, chanson à texte sans concession, et une présence scénique de “grand rite”. Mais il a une descendance sensible : Belin pour la nuit élégante, Babx pour la densité poétique, Arthur H pour la liberté scénique.

Et au fond, c’est peut-être ça le signe des artistes importants : ils ne se reproduisent pas à l’identique. Ils laissent plutôt des traces, des pas dans le noir, que d’autres suivent à leur manière.

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Julien


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C
Je l’ai découvert à l’âge de 18 ans en tombant par hasard sur sa "Chanson pour le cadavre exquis" diffusée sur France Musique vers 1989. Je ne m’en suis toujours pas remis ! C'était un vrai passeur ! C'est grâce à lui que j'ai découvert par la suite des géants comme Astor Piazzolla, Caetano Veloso (qu'il a repris en concert en 1980), Lewis Furey, Carlos d'Alessio, Sapho et même Bashung que je connaissais mal à l'époque ("Novice" fut une claque monumentale pour ma part !)<br /> <br /> Outre ceux que je viens de citer, il a travaillé avec des musiciens talentueux comme Thierry Matioszek (violoniste pour Nico, excusez du peu…), le compositeur de musique contemporaine Thierry Escaich (hé oui !) et l’un de mes favoris : le trop méconnu Philippe Dubosson qui a par la suite composé pour Juliette de véritables petits bijoux…Hélas, cet immense interprète n’a pas toujours eu des choix judicieux en terme de compositeurs. Pour moi, sa collaboration avec Michel Legrand est inégale (« Le Roi des océans » et « Le Ciel Violet » sont excellentes mais le reste est moins convainquant), son travail avec Tomás Gubitsch était franchement médiocre, indigne de son talent et en dehors de l’excellent Daniel Lavoie, ses chansons plus « pop » n’étaient pas toutes réussies non plus… Dommage qu’il n’ait pas persévéré avec Michel Prezman et Bertrand Binet (leader des Sax Pustuls), Sapho (formidable « Suburre » : unique dans son répertoire !) ou Jairo. J’aurai également rêvé d'une collaboration avec un Richard Galliano, notamment sur la seconde version acoustique de son « Crime passionnel » en 2000 ! Il aurait surement fait des merveilles… <br /> <br /> Effectivement, aucun chanteur actuel ne peut se mesurer à lui. Je n'en vois que deux : Jérôme Pradon qui a repris avec talent son "Crime passionnel" en version anglaise et dans une moindre mesure Rikard Wolff qui a également repris avec finesse plusieurs titres de Guidoni en version suédoise. Il y aurait bien aussi un Gavin Friday qui adore la chanson française mais je ne pense pas qu'il le connaisse...
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J
Commentaire tres interessant, merci beaucoup