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27 Mai 2026
On a souvent l’impression que la météo du Sud-Ouest est devenue plus étrange. Des hivers très doux, des printemps qui basculent trop vite vers l’été, des semaines sans vraie pluie, puis soudain des journées où il tombe l’équivalent d’un mois d’eau.
Mais est-ce seulement une impression ? Pour essayer d’y voir plus clair, j’ai compilé les données météo quotidiennes de Dax entre le 1er janvier 2006 et le 26 mai 2026 : températures maximales, températures minimales, précipitations, longues séries sèches et cumuls de pluie.
Dax ne résume évidemment pas à elle seule tout le Sud-Ouest. Le littoral, l’intérieur des Landes, le Pays basque, le Béarn ou la Gironde n’ont pas exactement le même climat. Mais la ville constitue un bon point d’observation : un territoire du sud des Landes, influencé par l’Atlantique, habitué aux pluies abondantes, aux coups de chaud et aux contrastes saisonniers.
Et ce que les chiffres racontent est plus intéressant qu’un simple “il pleut moins”. À Dax, depuis vingt ans, la météo semble surtout devenir plus contrastée : plus chaude, parfois très sèche pendant plusieurs semaines, mais aussi capable de produire des épisodes pluvieux très importants.
Le premier signal fort concerne la température. Dans mon relevé, les années les plus chaudes sont presque toutes récentes. 2022 arrive en tête, suivie de très près par 2023, puis 2025, 2020, 2014 et 2024.
La comparaison entre les deux décennies est parlante : la température moyenne approximative passe d’environ 14,5 °C sur 2006-2015 à 15,2 °C sur 2016-2025.
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Sur une série locale de vingt ans, il faut rester prudent : ce n’est pas une étude climatique complète. Mais visuellement, la direction est nette. Et elle colle avec le contexte régional décrit par Météo-France : la Nouvelle-Aquitaine s’est déjà réchauffée de +1,4 °C sur 2016-2025 par rapport à 1976-2005.
Quand on parle de chaleur, les records attirent toujours l’attention. Dans le fichier, les plus fortes températures atteignent 40,3 °C le 18 juin 2022 et 40,3 °C le 23 août 2023. Mais le plus important n’est peut-être pas là.
Ce qui change le quotidien, c’est la répétition. Une journée à 35 °C marque les esprits. Dix ou vingt journées très chaudes dans une même année fatiguent les maisons, les sols, les organismes et les habitudes.
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Entre 2006-2015 et 2016-2025, le nombre moyen de jours à 30 °C ou plus passe de 26,3 jours par an à 32,3 jours par an. Les journées à 35 °C ou plus passent, elles, d’environ 3,5 à 6,3 jours par an.
Les nuits chaudes progressent aussi : les nuits à 20 °C ou plus passent d’environ 5,8 à 9,9 par an. Or ce détail est important. Quand la nuit ne rafraîchit plus vraiment, la chaleur devient beaucoup plus difficile à supporter.
Dans cette série de données, 2022 ressort comme une année à part. Ce n’est pas seulement une année chaude : c’est une année où la chaleur et l’absence de pluie se sont renforcées.
Le chiffre qui frappe : du 1er juillet au 12 août 2022, Dax connaît 43 jours avec au maximum 0,4 mm de pluie par jour. Autrement dit : plus de six semaines quasiment sans vraie pluie.
Ce genre de période change fortement le ressenti. Il ne s’agit plus seulement de regarder un thermomètre. On voit l’herbe jaunir, les sols durcir, les jardins souffrir, les logements accumuler la chaleur. On attend l’orage comme une délivrance, mais quand il arrive, il ne répare pas toujours ce que plusieurs semaines sèches ont installé.
C’est aussi pour cela qu’une année peut rester dans les mémoires sans forcément être la plus sèche de toute la série en cumul annuel. 2022 fait partie des années peu arrosées du fichier, avec environ 870 mm de pluie, mais son vrai marqueur est ailleurs : dans cette longue pause sèche en plein été.
C’est là que les données deviennent intéressantes. Si l’on regarde seulement les cumuls annuels, le discours “il ne pleut plus” ne fonctionne pas vraiment.
Sur les années complètes de 2006 à 2025, la moyenne annuelle est d’environ 1173,1 mm de pluie. Et plusieurs années récentes figurent parmi les plus arrosées du relevé : 2024, 2019, 2020 et 2023 sont dans le haut du classement.
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Dit comme ça, cela peut sembler contradictoire avec l’impression de sécheresse. Mais ce n’est pas incompatible. Une année peut être très arrosée au total et contenir malgré tout de longues périodes sans vraie pluie.
Le vrai sujet n’est donc pas seulement la quantité annuelle. C’est la répartition. Est-ce qu’il pleut régulièrement ? Est-ce qu’il pleut au bon moment pour les sols ? Est-ce qu’un mois très arrosé compense vraiment six semaines sèches en été ? Dans la vie quotidienne, la réponse est souvent non.
La comparaison entre les deux décennies montre un signal très parlant : les gros épisodes pluvieux deviennent plus visibles.
Entre 2006-2015 et 2016-2025, les journées avec au moins 30 mm de pluie passent d’environ 3,5 jours par an à 6,8 jours par an. C’est presque le double.
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C’est sans doute le point le plus important de l’article : la pluie ne disparaît pas. Mais elle peut tomber autrement. Quelques journées très arrosées peuvent faire grimper le cumul annuel, sans donner l’impression d’une année équilibrée.
Deux épisodes ressortent particulièrement dans le fichier.
Le choc brutal : le 2 octobre 2020, il tombe 108,5 mm de pluie à Dax en une seule journée. Sur trois jours, du 2 au 4 octobre 2020, le cumul atteint 201,4 mm.
Octobre 2020, c’est l’image de l’épisode violent : beaucoup d’eau en très peu de temps. C’est le genre de journée qui marque une série météo, parce qu’elle écrase toutes les autres valeurs quotidiennes du fichier.
La pluie interminable : novembre 2019 atteint 503 mm de pluie. C’est le mois le plus arrosé du relevé.
Novembre 2019 raconte autre chose : non pas seulement une journée folle, mais une séquence très humide. Dans le fichier, les plus gros cumuls glissants sur 10, 15, 20, 25 et 30 jours se situent autour de cette période. On n’est plus dans le simple orage. On est dans l’accumulation.
Au 26 mai 2026, le cumul annuel atteint déjà 595,1 mm dans le fichier. À date comparable, c’est un début d’année assez arrosé, sans être le plus extrême de la série.
Mais la fin mai 2026 est surtout intéressante pour son contraste : après un début d’année humide, Dax bascule dans une chaleur précoce, avec déjà 6 journées à 30 °C ou plus avant même le mois de juin.
Ce basculement rejoint l’épisode national décrit par Météo-France fin mai 2026 : un épisode de chaleur inédit pour un mois de mai, particulièrement marqué sur la façade ouest du pays. C’est exactement le genre de situation qui donne l’impression d’un climat moins stable, moins progressif, plus heurté.
Ces données locales ne permettent pas, à elles seules, de tirer une conclusion scientifique sur tout le Sud-Ouest. Pour cela, il faudrait des séries plus longues, plusieurs stations, des normales climatiques et une méthode homogène.
Mais elles ont une force : elles racontent le vécu. Elles expliquent pourquoi les impressions peuvent sembler contradictoires.
On peut avoir l’impression qu’il ne pleut plus, parce qu’on traverse de longues périodes sèches. Et pourtant, à la fin de l’année, le cumul peut être élevé, parce que quelques épisodes très pluvieux ont tout changé.
On peut avoir l’impression que les étés deviennent plus durs, non pas parce que chaque jour bat un record, mais parce que les journées à 30 °C ou 35 °C reviennent plus souvent, parfois avec des nuits qui ne rafraîchissent plus vraiment.
On peut enfin avoir l’impression que la météo devient moins lisible : un printemps humide, une chaleur brutale en mai, un été sec, puis un automne capable de faire exploser les cumuls.
Si je devais résumer ces vingt années de météo à Dax en une phrase, je ne dirais pas : “il ne pleut plus”.
Je dirais plutôt : la météo devient plus nerveuse.
Plus chaude, c’est assez net. Plus sèche par moments, c’est évident dans certaines longues séries sans pluie. Mais aussi parfois beaucoup plus humide, avec des épisodes de pluie intenses qui font exploser les cumuls.
Le Sud-Ouest a toujours été une région de contrastes : océan, chaleur, orages, automnes pluvieux, douceur hivernale. Mais depuis quelques années, ces contrastes semblent prendre plus de place dans le quotidien.
Le sujet n’est donc pas seulement de savoir combien il pleut dans une année. Le vrai sujet, c’est quand il pleut, comment il pleut, combien de temps il ne pleut pas entre deux épisodes, et jusqu’où monte la température pendant ces pauses sèches.
Et vu comme 2026 commence, ce suivi météo à Dax mérite clairement d’être continué.
Sources : meteociel et infoclimat